Une restauration exceptionnelle

Un ambitieux chantier mené par l’Etat

Suite à son acquisition, l’Etat entreprend un très grand chantier de restauration. L’ensemble des travaux pour la sauvegarde de la villa et de son parc est évalué à près de 23 millions d’euros.

Ils ont nécessité un travail de recherche considérable, qui explique que 15 années se soient écoulées entre le lancement des études en 2000 et l’achèvement des travaux sur les intérieurs en 2015.

Façade nord - © Robert Mallet-Stevens – ADAGP © Jean-Luc Paillé – CMN

La maîtrise d’ouvrage du Centre des Monuments Nationaux

Le Centre des monuments nationaux (CMN), opérateur de référence du ministère de la Culture et de la Communication, assure la maîtrise d’ouvrage de ce vaste chantier depuis 2008. Il a pris la relève de la DRAC Nord-Pas-de-Calais qui avait assuré les travaux sur le clos et le couvert pour le compte de l’Etat dès 2004.

La villa Cavrois a été confiée au CMN pour qu’il en assure l’ouverture au public, conformément à ses missions statutaires. Dès lors, celui-ci a décidé de privilégier la visite de la villa en tant que monument. Il s’agit donc en priorité de présenter au public les espaces intérieurs, tels que les a conçus Mallet-Stevens, comme espace d’habitation pour la famille Cavrois.

Le parti pris de l’état d’origine

La villa Cavrois étant un des rares édifices français d’esprit moderniste des années 1930 et un exemple exceptionnel de commande totale dans l’architecture domestique européenne, la commission nationale des monuments historiques a souhaité retrouver la distribution et les volumes intérieurs d’origine, modifiés par les cloisonnements et entresolements créés à partir du début des années cinquante par l’architecte Pierre Barbe.

Pour vérifier les hypothèses de restitution et retrouver certains savoir-faire, un important travail de recherche scientifique et de nombreux sondages ont été menés en amont et en cours de travaux. Ce travail a été notamment fondé sur une analyse comparative des documents anciens (photographies, plans et relevés d’origine…) et des vestiges conservés in situ. De cette manière, les incertitudes ont été progressivement levées, permettant de fiabiliser la connaissance de l’état d’origine de la villa et de son parc et en conséquence, de les reconstituer le plus fidèlement possible.

En reconstituant la grande majorité des dispositions architecturales, fonctionnelles et décoratives du monument, l’Etat a fait renaître l’ambition des époux Cavrois et de Mallet-Stevens de réaliser une demeure exceptionnelle.Compte tenu de l’ampleur des travaux menés, le CMN a décidé de conserver une pièce en l’état, témoignant du délabrement de la villa lors de son sauvetage par l’Etat. Cette pièce est la chambre des garçons au 1er étage (aile Ouest).

Les différentes étapes du chantier

Restauration du clos et du couvert

La longue absence d’entretien avait conduit à d’importantes dégradations des bétons et des parements de briquettes jaunes, notamment du fait des infiltrations d’eau. Les baies avaient été partiellement vandalisées, et les menuiseries métalliques étaient très oxydées.
Dès l’acquisition de la villa par l’Etat, des travaux de sauvegarde immédiats furent conduits par Pierre Cusenier, architecte des bâtiments de France. La DRAC du Nord-Pas-de-Calais commanda simultanément à Michel Goutal, architecte en chef des monuments historiques, un projet de restauration du clos et du couvert et des structures du monument.

Le ministère de la Culture et de la Communication a ainsi consacré 6,1 M€, via la DRAC, à cette opération et confié la maîtrise d’oeuvre à l’architecte en chef des monuments historiques. Ces travaux de restauration, qui consistaient à conserver le maximum de matériaux d’origine (briquettes, menuiseries) et à remplacer à l’identique les éléments trop dégradés ou disparus, ont spectaculairement changé l’aspect extérieur du monument. Les deux tiers des menuiseries métalliques, très oxydées, 95 % des serrureries extérieures originelles et environ 70 % des briques, ont été restaurées. Seuls les vitrages ont été intégralement remplacés. Il faut également noter que certaines zones, notamment en façade Nord, n’ont pu supporter un nettoyage trop intensif par micro-gommage.

Le CMN, maître d’ouvrage depuis 2008 dans les monuments lui étant remis en dotation, a consacré 1,4 M€ supplémentaires au parachèvement de la restauration du clos et du couvert, sous mandat confié à la DRAC du Nord-Pas-de-Calais. Cette ultime tranche concernait la restauration des deux terrasses, du bassin de natation (qui n’a pas été rétabli dans sa profondeur originelle, pour raisons de sécurité), de la façade Sud, ainsi que la restitution du piédestal bordant le parc et des escaliers faisant la liaison entre la villa et le parc.
À l’issue de cette tranche, achevée en 2007, la villa Cavrois a retrouvé l’aspect extérieur qu’elle présentait sur les photographies du début des années 1930.

Restauration du parc

Dans le cadre de la négociation conduite avec la société civile immobilière propriétaire, l’Etat n’a pas pu acquérir la totalité de l’ancien parc de la villa. La partie centrale, contenant l’ancien miroir d’eau (comblé pendant la Seconde Guerre mondiale par les Allemands qui avaient établi un poste de D.C.A. dans la villa), et formant l’axe paysager principal du jardin, en liaison avec le grand salon, a heureusement pu être intégralement acquise.Il n’en a pas été de même de l’ancienne roseraie, dont la S.C.I a conservé la propriété pour procéder à son lotissement.

Les travaux de restauration du parc dans sa disposition de 1932 ont été réalisés par l’ACMH Michel Goutal et la paysagiste Aline Le Coeur de janvier 2012 à avril 2013.
Le projet a visé à :
- supprimer certains arbres plantés ultérieurement et replanter certains sujets originels disparus. Il a toutefois été constaté qu’une bonne partie des arbres plantés dès l’origine subsistait encore, et pouvait être conservée ;
- créer un écran végétal entre le parc et les maisons construites à l’emplacement de l’ancienne roseraie ;
- restituer le nivellement originel ;
- réaliser la réfection (avec adaptation, pour certaines d’entre elles, aux personnes à mobilité réduite) des allées d’origine et du rond-point, qui subsistaient, pour l’essentiel, sous une mince couche de terre végétale ;
- mettre en lumière le parc ;
- restaurer le miroir d’eau.

Parc - © Robert Mallet-Stevens – ADAGP © Jean-Luc Paillé – CMN

Restauration des intérieurs

Suite au vandalisme et aux pillages des matériaux précieux, les intérieurs de la villa ont été gravement endommagés. L’objectif de restauration de l’état de juillet 1932 a exigé la mise en oeuvre de recherches et travaux complexes. En intérieur, l’organisation et les décors (faux plafonds en staff, éclairages, mobiliers intégrés, équipements de confort, huisseries…) des espaces ont été réintégrés tels qu’à l’origine.

Les travaux réalisés de juillet 2012 à mai 2015 pour un montant de 14 M€ ont concerné la maçonnerie, la plâtrerie, la marbrerie, le parquet, les luminaires et l’horlogerie, la menuiserie, la peinture décorative, la menuiserie métallique, le chauffage central, l’électricité, l’ascenseur, les sanitaires, la plomberie.

La première phase de restauration des intérieurs a concerné le corps central : les espaces de circulation (vestibule, couloirs, ascenseur, escalier d’honneur) et certaines pièces du rez-de-chaussée (salon-hall et salle à manger des parents). La seconde phase de travaux a concerné les espaces des ailes, du rez-de-jardin au deuxième étage, et le pavillon du gardien.
La publication de Mallet-Stevens Une demeure 1934 a été une source précieuse de renseignements, étant donné que 85% du décor avaient disparu. Des recherches sur les matériaux et les techniques de construction ont été nécessaires. La réfection des parquets Noël (parquets mosaïque) a permis de conserver près de 90% du parquet d’origine. Les éléments de marbre subsistants n’ont pas tous pu être restaurés, mais ils ont permis l’identification des marbres utilisés dans les différentes pièces (marbre vert de Suède dans la salle à manger, marbre jaune de Sienne dans le coin feu du salon, marbre blanc dans le vestibule et l’escalier d’honneur) afin de les restituer. Une recherche sur la polychromie des revêtements intérieurs a permis de retrouver les usages d’origine, tel que l’emploi de couleurs vives dans l’esprit De Stijl dans certaines pièces et celui de teintes vertes des pièces de réception au rez-de-chaussée en écho aux tonalités du parc et du marbre vert de Suède dans la salle à manger des parents.
Le mobilier intégré a été fidèlement reproduit grâce à la méthode de photogrammétrie et à la comparaison avec du mobilier conservé dans certains dépôts d’oeuvres ou dans des collections particulières. Des prototypes grandeur nature ont également permis de vérifier les hypothèses de reproduction. Parmi le mobilier intégré, seuls les éléments originaux de l’office ont pu être réinstallés grâce à une donation d’un particulier.

Le haut-relief de la salle à manger des enfants, créé par les frères Martel, a disparu. Pour évoquer cette oeuvre, l’artiste Jean Sylvain Bieth en proposera une interprétation qui, tout en respectant les dimensions et les formes, sera comme une remémoration picturale, à laquelle les ayant-droits des frères Martel ont donné leur accord.

Salle à manger des parents - © Robert Mallet-Stevens – ADAGP © Jean-Luc Paillé – CMN

Constitution et présentation des collections mobilières

Le mobilier dessiné pour la villa par Mallet-Stevens affiche une parfaite adéquation avec les décors portés. Il s’adapte à la fonction de chaque pièce dans le soin apporté au choix des matières. Mallet-Stevens fait intervenir ses collaborateurs habituels, notamment André Salomon et Jacques Le Chevallier dans le domaine de l’éclairage. Il sollicite également les frères Martel pour le haut-relief de la salle à manger des enfants et les sculptures de petits formats dans certaines pièces. Jean Prouvé est appelé pour les portes de l’ascenseur. En plus de ce mobilier conçu spécialement par l’architecte, quelques petits objets et accessoires achetés dans le commerce par les commanditaires, complètent le décor intérieur.

Après le décès de Madame Cavrois en 1985, le mobilier est dispersé le 5 avril 1987 lors d’une vente aux enchères. L’inventaire des collections à partir des photographies anciennes a permis l’identification puis la localisation d’une partie du mobilier d’origine. Conservés presque en totalité en mains privées, plusieurs ensembles mobiliers ont été ainsi acquis depuis 2009 par le Centre des monuments nationaux avec le soutien du ministère de la Culture et de la Communication (fonds du patrimoine) à l’occasion en particulier de la vente des collections de Laurent Négro en 2011, d’Yvon Poullain en 2012 puis d’Alain Braunstein en 2013. En parallèle de cette politique d’enrichissement ambitieuse, les espaces sont complétés par du mobilier équivalent très ciblé en raison du caractère spécifique de la villa. Ces acquisitions concernent le mobilier de série et les petits objets de décoration.

Des ensembles mobiliers cohérents sont ainsi présentés dans différentes pièces afin d’évoquer l’esprit d’une habitation au confort moderne.
Dans les parties privées, le mobilier du boudoir, comprenant une coiffeuse, une paire de chauffeuses, un fauteuil, une table travailleuse, une pendule et des bougeoirs est présenté selon les dispositions visibles sur les photographies de 1932. Ces meubles sont complétés par les décors restitués comme le divan et les rangements intégrés aux murs. Dans la chambre des parents, une paire de fauteuils en placage de palmier accompagne la présentation du lit et des buffets restitués.
Dans les espaces de réception, la présentation de la table et des six chaises en placage de zingana de la salle à manger des enfants permet de se rapprocher au mieux de l’état historique d’origine.

Dans le vestibule, sont exposées trois des quatre appliques aux cerceaux en aluminium poli créées par Jacques le Chevallier et René Koechlin. La quatrième applique a été restituée à partir de l’étude des appliques d’origine. Cet ensemble souligne l’importance du travail de Mallet-Stevens sur la lumière et rappelle son activité de décorateur de cinéma. Chaque élément mobilier est placé selon la configuration d’origine avec des adaptations pour faciliter le passage du public et la sécurisation des collections. C’est le cas de la sculpture d’hermine des frères Martel, exposée dans la salle à manger des parents au lieu du feu du hall, son emplacement initial.
Dans les zones de service, la donation des placards courbes de l’office et de deux tables de cuisine permettent d’évoquer la fonctionnalité de ces espaces. Ce mobilier est accompagné de chaises d’édition postérieures, similaires aux chaises visibles sur les photographies d’époque. Certains des placards et équipements de la cuisine et de l’office sont restitués à l’identique, à côté des meubles originaux.
Sont également présentés trois fauteuils métalliques (édition) dans la buanderie pour évoquer la fortune critique de ce mobilier de série et trois lampadaires dans la salle de jeux des enfants.
L’ascenseur Prouvé d’origine ainsi que sa trémie sont exposés dans la chaufferie afin de rappeler l’importance des équipements techniques dans cette habitation au confort moderne.

Comme l’ensemble du mobilier original retrouvé par le CMN se présentait dans un bon état de conservation, seules quelques reprises très ponctuelles du placage ont été nécessaires.

Les collections, alliant luxe et modernité dans un esprit fonctionnel, sont réalisées dans des matériaux en harmonie avec le décor intérieur.

Les rideaux et les textiles des sièges sont restitués à l’identique.

Vestibule - © Robert Mallet-Stevens – ADAGP © Jean-Luc Paillé – CMN