Histoire, Architecture et Trésors

L'église Saint-Martin, chef d’œuvre de l'architecture Neo-Gothique

L’église Saint-Martin est inscrite au titre des Monuments Historiques depuis le 9 juin 2005. Avec la Villa Cavrois, réouverte au public depuis le 13 juin 2015, elle est l’un des édifices remarquables du patrimoine croisien. L’église a été construite dans la période 1847-1851 par l’architecte Charles LEROY, qui réalisera aussi la cathédrale Notre-Dame de la Treille à Lille. Comme le souligne Frédéric VIENNE, archiviste diocésain, elle occupe une place importante dans l’histoire de l’architecture religieuse régionale. C’est en effet la première église construite ex nihilo dans le style néo-gothique, en s’inspirant du gothique local de la fin du Moyen-Âge.

Charles LEROY (1816-1879), un architecte de génie

L’ancienne église de Croix ayant été vendue pour être détruite en 1799, un nouveau lieu de culte est élevé en 1805 à l’emplacement de l’édifice actuel. En 1846, la construction d’une toute nouvelle église est décidée par l’abbé Louis DUTRIEZ (1808-1887), curé de Croix depuis 1837 ; la précédente église ne répondant plus aux besoins d’une population devenue trop nombreuse. Le projet est confié à Charles LEROY qui signe ici sa première œuvre, inaugurant une longue série de constructions religieuses dans le Nord (37 églises et 5 chapelles), dont la plus connue est la cathédrale Notre-Dame de la Treille à Lille.

Les travaux commencent en 1847 et le gros œuvre est achevé en 1848. Au cours des années suivantes sont exécutées la sculpture monumentale et une partie du mobilier ; ensemble achevé en 1851. A cette date, l’église ne comporte pas de transept et son chœur n’est pas aussi profond que l’actuel.

LEROY propose un plan simple qui s’ordonne autour d’une nef et de deux bas-côtés terminés par une abside et précédés d’un narthex(1) entouré de part et d’autre de la chapelle des fonts-baptismaux et de la chapelle des morts.
Le clocher, très élancé, surmonte le narthex. Tout l’intérêt de l’église réside dans le parti stylistique choisi par l’architecte, qui construit à Croix la première église néo-gothique de la région. Ce style connaîtra un fort engouement dans le Nord.

  1. Portique interne ménagé à l'entrée de certaines églises paléochrétiennes ou médiévales.

C'est un espace intermédiaire avant d'accéder à la nef proprement dite.

L’esprit de LEROY traverse les années…

Trente ans plus tard, l’édifice s’avère trop petit. La croissance industrielle de Croix a entraîné une augmentation considérable de la population qui compte maintenant quelques 7500 habitants et à cette date, Saint-Martin est la seule paroisse de la ville.

L’abbé Louis Benoît DERAN (1833-1887) en poste depuis 1876 décide de son agrandissement. L’architecte Alphonse DUBUISSON en a la charge.
Il l’exécute dans l’esprit de l’œuvre de LEROY.
Les travaux ont lieu de 1879 à 1883. Un transept est construit à l’emplacement de l’ancien chœur, et celui-ci est reporté au-delà. Le style et les choix de LEROY sont respectés, ce qui confère à l’ensemble une grande cohérence.

En 1905, l'Etat se déclare propriétaire de la majorité du patrimoine immobilier des églises. Afin de garantir le libre exercice des cultes, la puissance publique a ensuite concédé ces locaux à des « associations cultuelles » bénéficiant d'avantages fiscaux et autorisées à percevoir des dons et des legs.
La municipalité est propriétaire de l’église Saint-Martin.

Cath. Notre-Dame de la Treille, Lille

  • Saint-Martin de Willems
  • Saint-Barthe d’Auchy-lez-Orchies
  • Notre-Dame de Consolation à Lille et l’école communale y attenant
  • Saint-Hillaire d’Halluin
  • Saint-Vaast de Wambrechies
  • Saint-Eubert de Vendeville
  • Le Sacré Cœur de Faches-Thumesnil
  • La cathédrale Notre-Dame de la Treille à Lille

En remerciement de ses œuvres, Charles LEROY sera fait Chevalier de l’Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand en 1869.
Cette décoration, accordée par le Saint Siège, lui fut confédérée en reconnaissance de son service à l’Eglise et de ses travaux.

Les trésors de l'église Saint-Martin

L’église Saint-Martin est l’un des plus anciens bâtiments ancré dans l’histoire de la ville, resté fidèle à l’emplacement actuel puisqu’elle fait probablement partie du paysage croisien depuis le XIIe siècle. Elle est la première des trois églises construites à Croix, suivie par l’église Saint-Pierre (Place de la Liberté) au XIXe siècle puis Notre-Dame de Lourdes dans les années 1930. Sculptures, peintures, fresques murales, vitraux… l’église Saint-Martin possède de nombreux décors somptueux.

Une architecture imposante

Construite en briques et en pierres à laquelle s’ajoute l’utilisation de pierres bleues pour les supports et le soubassement, l’église Saint-Martin présente, dans l’axe de la rue du Professeur Perrin – l’une des principales artères de la ville - une façade monumentale et harmonieuse marquée par une élégante tour occidentale pourvue d’un haut portail et d’une rose.
Son élévation à deux niveaux, avec, en guise de fenêtres hautes, des oculi ou œils-de-bœuf(2) placés au sommet d’arcatures(3) aveugles, est originale. L’ensemble à la fois sobre et raffiné, tire ses sources d’inspiration de l’architecture régionale du XVe siècle.
La fragilité des matériaux employés, fausses voûtes en plâtre sur lattis(4) et châssis de baies en bois, en fait un édifice économique et frêle.

Un décor exceptionnel

L’église Saint-Martin a subi plusieurs phases de travaux d’agrandissement. Elle abrite peu de mobilier antérieur à 1883 : des fonts baptismaux et des plaques funéraires du début XIXe siècle ainsi que d’originales stalles et une table de communion datant de 1848, 1849. L’abbé Georges DECOCK, curé de 1919 à 1934, a enrichi considérablement cet ensemble en installant le buffet d’orgues en 1926 (orgue créé en 1880) où prend place, l’année suivante, la remarquable Descente de la Croix du peintre Pharaon De Winter, élément central du triptyque nommé « Rédemption ». Depuis la fermeture de l’église en 2010 pour travaux, les deux autres panneaux se trouvaient à l’église Saint-Vincent à Marcq en Baroeul.

A l’occasion de la réouverture de l’église Saint-Martin, les visiteurs peuvent découvrir le chef d’œuvre de Pharaon De Winter dans son intégralité.

Descente de la Croix du peintre Pharaon De Winter

  • (2) Petites fenêtres de formes arrondies
  • (3) Suite de petites arcades
  • (4) Ensemble de lattes destiné à recevoir un enduit de plâtre

L’orgue a subi une importante restauration de mars à septembre 2007. Antoine PASCAL, le facteur d’orgue, l’a restauré sur place et dans son atelier à Lille, tel qu’il existait en prenant soin de conserver le plus fidèlement possible les mécanismes d’origine. La seule liberté qu’il s’est octroyée c’est qu’il a remplacé les tubes de plombs trop usés par des tubes en plastique.

L’église Saint-Martin possède des fresques originales qui intriguent petits et grands et permettent de raconter un épisode de l’histoire de Croix comme la découverte de Croix sous la châtellerie de Lille, les croisades… Certaines peintures réalisées dans le style « troubadour » datent probablement de la fin du XIXe siècle tandis que d’autres sont datées de 1928. Elles sont l’œuvre de deux peintres de l’école Saint-Luc de Tournai, MAHAUT et TRENTESEAUX, mandatés par L’abbé DECOCK. Certaines peintures murales du chœur illustrent les saints associés à la monarchie française et les toiles marouflées du bras Nord du transept narrent la légende de Sigismond, Seigneur de Croix (1926-1928). Cette légende raconte que Sigismond, devenu aveugle, recouvra la vue grâce à la Sainte Vierge à la Chapelle Notre-Dame de la Délivrance au Mont du Croquet à Croix.

Les vitraux sont aussi remarquables et en bon état grâce à leur rénovation en 2004.

L’abbé DECOCK aménage également un jardin autour de l’église où est installé un monumental groupe de la Trinité, remontant au XIVe siècle, découvert à cette occasion en 1926.
Pour la réouverture de l’église, les espaces verts de la ville ont travaillé à un nouvel aménagement paysager de son contour sur le thème des jardins monastiques.